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Stop aux idées reçues ! Non, la malbouffe ne rend pas obèse

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Par Patrick Tounian Pédiatre nutritionniste

LE PLUS. Tout le monde sait que manger salé donne soif. Suivant ce principe, une étude met en lumière les liens entre consommation de sel et obésité infantile, car la solution des enfants pour se désaltérer est d’opter pour les boissons sucrées. Mais la malbouffe provoque-t-elle vraiment l’obésité ? Réponse avec Patrick Tounian, chef du service de nutrition pédiatrique de l’hôpital Armand Trousseau.

La plupart des études épidémiologistes sur l’obésité stigmatisent les obèses et contribuent ainsi aux difficultés quotidiennes des enfants obèses, le plus souvent en raison d’une méconnaissance de cette maladie. Cette étude publiée dans la revue « Pediatrics » fait, en résumé, un lien entre la consommation de sel, de sodas et boissons sucrées et l’obésité. Et c’est l’interprétation qui en est faite qui est erronée.

C’est vrai, les enfants obèses mangent davantage, consomment donc plus de sel, auront donc plus soif, boiront donc davantage et se tourneront en premier lieu vers des sodas pour étancher leur soif. Mais il est faux de penser que les enfants deviennent obèses car il y a du sel dans les aliments qu’ils ingèrent et qu’ils vont se gaver de boissons sucrées. Il faut prendre le problème dans l’autre sens.

 

Des calories pour se rassasier

L’obésité est une maladie de la régulation du poids, dont les origines sont principalement génétiques. Les enfants obèses ont plus faim et vont plus manger que leurs camarades du même âge. Et ils vont automatiquement se tourner vers des produits plus riches en calories, tout simplement parce que l’être humain est programmé pour se tourner vers les aliments les plus rassasiants, c’est-à-dire les plus caloriques .

 

Les enfants vont aussi se tourner, pour assouvir leur faim, vers les produits industriels plutôt que vers les aliments que l’on considère comme sains. Statistiquement, ils préfèrent les frites aux brocolis et les pâtes fraiches aux épinards. Une maman m’a dit un jour, en consultation, qu’elle était exaspérée par son enfant obèse parce qu’à chaque bouchée il faisait « hmm ». C’est logique : les obèses ont plus faim et la faim amplifie le plaisir de manger.

Donc, les enfants obèses se tournent vers la « malbouffe » parce qu’ils veulent être rassasiés et aussi parce qu’ils en tirent un certain plaisir. Les enfants que je reçois en consultation m’avouent qu’ils aiment moins le brocoli et la salade. Mais c’est aussi parce que suivant un processus neurologique encore mal connu le cerveau fait que l’on est dégoûté, ou tout du moins que l’on apprécie moins, les aliments qui nous rassasient peu en raison de leur faible contenu calorique.

Il faut donc qu’on arrête de penser que l’obésité est causée par la malbouffe. Non, les enfants ne s’empiffrent pas et les parents ne les laissent pas faire. Il suffit d’ailleurs de se rendre dans un fast-food pour le constater. La majorité des gens qui font la queue pour manger un hamburger ne sont pas obèses.

 

Une stigmatisation idéologique des obèses

Pourtant, malgré toutes les inconsistances scientifiques de ces études démontrant le lien entre obésité et malbouffe, les gens continuent d’y croire. D’abord parce que, pour l’instant, les preuves de l’origine génétique de l’obésité sont indirectes et pas encore irréfutables. Mais aussi parce que c’est plus simple de se dire que manger gras rend obèse.

Se convaincre que l’obésité est une maladie génétique, c’est, dans la tête des gens, se dire que l’on ne peut rien y faire – ce qui est faux, c’est difficile de traiter l’obésité mais pas impossible. Alors, plutôt que de se dire que c’est une situation irrémédiable, on préfère rejeter la faute sur les obèses.

C’est là que le regard sur l’obésité devient idéologique et que l’on peut le rattacher à la culture judéo-chrétienne qui imprègne notre société. La majorité des gens se disent que les obèses sont gros parce qu’ils mangent n’importe quoi, que c’est bien fait pour eux : ils devraient culpabiliser de se bâfrer ainsi et faire en sorte de manger sainement.

Dans cette idée, les obèses deviennent alors le parfait exemple pour rappeler que le plaisir est un péché. Ils sont punis parce qu’ils prennent du plaisir à manger (plaisir, je l’ai dit, renforcé par la sensation de faim) et que ça se voit : ils sont gros et vont mourir plus jeunes. Derrière la stigmatisation des obèses, on retrouve la condamnation de tout ce qui est épicurien. Et cela se ressent encore davantage chez les Américains, pays de culture protestante.

Heureusement, les gens commencent à avoir conscience que la malbouffe et l’obésité ne sont pas liées. Il y a dix ans, c’est tout juste si, en tenant ces propos, je n’étais pas le diable. Aujourd’hui, de plus en plus de gens se rendent compte que penser que les obèses sont des gens sans aucune volonté, des mous qui passent leur temps à s’engraisser, est scientifiquement erroné.

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[1] Il y a plusieurs millénaires, la nourriture n’était pas disponible en grande quantité. Les hommes se tournaient donc vers les aliments les plus caloriques, parce qu’ils n’étaient pas sûrs de retrouver de quoi manger de sitôt ; aujourd’hui, nous conservons ce réflexe, car notre organisme n’est pas encore habitué à la pléthore alimentaire. Retour au texte.

 retrouvez cet article original ICI

 

Propos recueillis par Daphnée Leportois.

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